Faillite personnelle du dirigeant : conséquences et moyens de défense
La faillite personnelle est la sanction professionnelle la plus lourde du droit des entreprises en difficulté. Elle interdit au dirigeant de diriger, gérer ou contrôler toute entreprise pendant une durée que le tribunal fixe librement, jusqu'à quinze ans. Elle ne peut être prononcée que pour des faits précis, limitativement énumérés par la loi. Ce sont ces faits qu'il faut discuter.
Qui peut être visé ?
La faillite personnelle ne peut être prononcée qu'à l'occasion d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire, jamais en sauvegarde. Elle vise les dirigeants de droit ou de fait de personnes morales, ainsi que les entrepreneurs individuels (commerçants, artisans, agriculteurs, indépendants). Elle ne s'applique pas aux professionnels soumis à des règles disciplinaires, comme les professions libérales réglementées (art. L.653-1).
L'action est engagée par le mandataire judiciaire, le liquidateur ou le ministère public, dans un délai de trois ans à compter du jugement d'ouverture.
Pour quels faits ?
Les motifs sont limitativement énumérés par la loi (art. L.653-3 à L.653-6). Pour un dirigeant de société, il s'agit notamment :
- d'avoir disposé des biens de la société comme des siens propres, ou fait de ses biens ou de son crédit un usage contraire à son intérêt, à des fins personnelles ;
- d'avoir poursuivi abusivement, dans un intérêt personnel, une exploitation déficitaire qui ne pouvait conduire qu'à la cessation des paiements ;
- d'avoir détourné ou dissimulé de l'actif, ou augmenté frauduleusement le passif ;
- d'avoir employé des moyens ruineux pour se procurer des fonds afin de retarder l'ouverture de la procédure ;
- d'avoir payé un créancier au préjudice des autres, après la cessation des paiements et en connaissance de cause ;
- d'avoir fait obstacle au déroulement de la procédure en refusant de coopérer ;
- de ne pas avoir tenu de comptabilité, ou d'avoir tenu une comptabilité fictive, manifestement incomplète ou irrégulière ;
- de ne pas avoir payé une condamnation pour insuffisance d'actif.
Quelles sont les conséquences ?
- Interdiction de diriger, gérer, administrer ou contrôler, directement ou indirectement, toute entreprise et toute personne morale (art. L.653-2).
- Durée fixée par le tribunal, dans la limite de quinze ans, sans minimum légal (art. L.653-11).
- Reprise des poursuites : en cas de liquidation, les créanciers retrouvent leur droit de poursuivre le débiteur après la clôture (art. L.643-11).
- Inscription au fichier national des interdits de gérer (art. L.128-1).
Le tribunal peut aussi prononcer, à la place de la faillite personnelle, une simple interdiction de gérer, plus limitée dans sa portée.
Comment se défendre ?
La défense repose sur une analyse précise de chaque grief : les faits sont-ils établis, entrent-ils exactement dans l'un des cas prévus par la loi, l'intention exigée par certains motifs est-elle démontrée ? Lorsque la sanction paraît inévitable, l'enjeu devient sa nature et sa durée : une interdiction de gérer limitée à certaines activités plutôt qu'une faillite personnelle, ou une durée réduite. La présence du dirigeant à l'audience et un dossier documenté pèsent sur la décision.
Peut-on être relevé d'une faillite personnelle ?
Oui. Le dirigeant peut demander au tribunal de le relever, en tout ou partie, de la faillite personnelle s'il a apporté une contribution suffisante au paiement du passif. Le relèvement total emporte réhabilitation. La clôture de la liquidation pour extinction du passif rétablit aussi le dirigeant dans tous ses droits (art. L.653-11).
Questions fréquentes sur la faillite personnelle
Combien de temps dure une faillite personnelle ?
Le tribunal fixe la durée, qui ne peut excéder quinze ans. Il n'existe pas de durée minimale légale. Les interdictions cessent de plein droit à son terme, ou en cas de clôture de la liquidation pour extinction du passif.
Peut-on encore être salarié après une faillite personnelle ?
Oui. La faillite personnelle interdit les fonctions de direction et de contrôle, directes ou indirectes, mais pas l'exercice d'un emploi salarié sans pouvoir de direction.
Quelle différence entre la faillite personnelle et l'interdiction de gérer ?
L'interdiction de gérer est une sanction alternative moins lourde : le tribunal peut la limiter à certaines entreprises ou activités, et elle n'entraîne pas la reprise des poursuites des créanciers contre le débiteur après la clôture de la liquidation.
Que risque-t-on si l'on dirige malgré l'interdiction ?
C'est une infraction pénale passible de sanctions (art. L.654-15 du Code de commerce). Diriger, gérer, administrer ou contrôler une entreprise en violation d'une faillite personnelle expose à des poursuites correctionnelles.
Peut-on être relevé d'une faillite personnelle ?
Oui. Le dirigeant peut demander au tribunal de le relever, en tout ou partie, de la faillite personnelle s'il a apporté une contribution suffisante au paiement du passif. Le relèvement total emporte réhabilitation (art. L.653-11).
Une action en faillite personnelle est engagée contre vous ?
Contactez-moi pour préparer votre défense avant l'audience. Les faits reprochés se discutent, la durée de la sanction aussi.